Les Fideles Compagnons

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 Le chevalier

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Raimon-Roger TRENCAVEL
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MessageSujet: Le chevalier   Dim 10 Fév - 20:38

...........................................Première partie


Le Chevalier

L'époque des chevaliers a débuté vers l'an 900 et s'est terminée à la fin de la période que les historiens appellent le Moyen Age, vers l'an 1500. A l'époque de Charlemagne, les guerriers montés étaient devenus l'unité militaire d'élite des Francs. Cette innovation gagna l'ensemble de l'Europe. Le combat à cheval était considéré comme un fait d'armes particulièrement digne de gloire. En effet, le cavalier pouvait pénétrer au coeur de la bataille, se mouvoir rapidement et piétiner les ennemis relégués au rang inférieur de fantassins. Lorsque les deux cavaleries se faisaient face, la vitesse d'attaque et la violence de la confrontation procuraient un sentiment d'intense jubilation. Le combat à cheval était très prestigieux du fait du coût élevé des chevaux de bataille, des armes et de l'armure. Seuls les guerriers les plus riches ou les serviteurs de familles fortunées étaient en mesure de combattre à cheval.

Les rois de la fin du Moyen Âge disposaient de peu d'argent pour pourvoir aux frais élevés nécessaires à l'entretien d'importants contingents de cavalerie. Les guerriers étaient vassalisés et tenaient des fiefs de leur suzerain. Les revenus qu'ils tiraient de ces terres devaient leur servir à payer les chevaux et l'équipement. Souvent, les vassaux entretenaient également des formations de soldats de métier. A une époque où l'autorité centrale était faible et les possibilités de communication réduites, le vassal, aidé de ses serviteurs, était responsable de la législation et de l'ordre à l'intérieur du fief. En échange de ce domaine féodal, le vassal acceptait de prêter main-forte à son seigneur en cas de conflit armé. Les grands seigneurs et les rois pouvaient ainsi lever des armées lorsqu'ils le désiraient. Le corps d'élite de ces armées était constitué des vassaux montés.

A mesure que le Moyen Âge avançait, l'élite de guerriers montés d'Europe occidentale devint connue sous le nom de chevaliers. Un code de conduite, appelé chevalerie, fut mis en place régissant les droits et les devoirs des chevaliers. Avec le temps, les chevaliers accomplirent des tâches d'ordre gouvernemental et légal, et le roi s'assurait que ses chevaliers retiraient un profit suffisant de leurs terres. Les gens désiraient devenir chevaliers pour obtenir pouvoir et respectabilité. Plus tard, tous les nobles étaient faits chevaliers. Même les fils de rois devenaient chevaliers. En France et en Espagne, tous les chevaliers, riches ou pauvres, étaient des nobles. Mais en Angleterre, le terme chevalier a évolué pour désigner aussi les membres de la classe sociale qui suit celle de la royauté et la noblesse. Aujourd'hui, c'est toujours un titre honorifique dans ce pays.

L'honneur, en temps de guerre comme en temps de paix, était l'une des principales préoccupations des chevaliers. Toutefois, ce sentiment intervenait dans les relations avec leurs pairs, rarement avec les manants et les paysans qui constituaient la majorité de la population. Les chevaliers devinrent la classe dirigeante, gérant les terres d'où l'on puisait toute la richesse. Les aristocrates étaient des nobles principalement en raison de leur rang et de leur prestige en tant que guerriers suprêmes dans un monde perpétuellement en proie aux conflits. Plus tard, leur rang et leur prestige devinrent héréditaires et l'importance d'être un guerrier déclina.

La Chevalerie

Le terme chevalerie fut utilisé la première fois pour désigner les spécialistes de l'équitation et du combat cavalier. Les membres de cette élite guerrière du Moyen Âge formaient une classe distincte de celle des paysans et du clergé. Ils se distinguaient également entre eux par leurs talents de cavalier et combattant. Des chevaux rapides et puissants, des armes splendides et redoutables, des armures fiables constituaient les signes extérieurs de richesse de cette époque.

A partir du XIIème siècle, la chevalerie définissait désormais tout un mode de vie. Un chevalier devait se montrer généreux, courtois, brave, délicat et audacieux. Le parfait chevalier, sur son cheval blanc, défendait les pauvres et volait à la rescousse des demoiselles en détresse. Cette façon d'être répondait à l'idéal chevaleresque: la courtoisie.

Les règles fondamentales du code chevaleresque étaient les suivantes :

* Protéger les femmes et les faibles.
* Défendre la justice contre l'injustice et le mal.
* Aimer et honorer sa patrie.
* Défendre l'Eglise à ses risques et périls.

Mais de nombreux chevaliers ne faisaient pas honneur aux nobles idéaux de leur condition. Au début, ils étaient souvent ignorants et barbares. Lorsqu'ils envahissaient un pays ennemi, les soldats lançaient des bébés en l'air et les rattrapaient avec la pointe de leur lance. Bernard de Cahuzac, un chevalier français, fit couper les mains et les pieds de 150 moines et religieuses à la suite d'une querelle avec un abbé.

Dans la pratique, les chevaliers et les aristocrates ignoraient le code chevaleresque lorsque cela les arrangeait. Les querelles entre familles nobles et les conflits autour du partage des terres l'emportaient sur toute règle de conduite. La coutume tribale des peuples teutoniques qui consistait à diviser le domaine d'un chef de clan entre ses fils plutôt que de le céder à l'aîné fut souvent la cause des guerres entre frères d'un même clan. Le conflit qui eut lieu entre les petits-fils de Charlemagne en est un exemple éloquent. Le Moyen Âge était infesté de guerres civiles de ce genre dont les premières victimes étaient généralement les paysans.

Vers la fin du Moyen Âge, les chevaliers créèrent les ordres de chevalerie, des confréries exclusives de chevaliers de hauts rangs qui prêtaient serment d'allégeance à leur roi et aux autres chevaliers. Devenir membre d'une telle institution était une promotion extrêmement gratifiante et prestigieuse et conférait au chevalier la plus haute distinction dans le royaume. En 1347, pendant la Guerre de Cent ans, le roi d'Angleterre Edouard III fonda l'Ordre de la Jarretière qui subsiste encore aujourd'hui. Cet ordre de chevalerie se composait de 25 chevaliers des plus hauts rangs d'Angleterre. Ses membres devaient faire preuve de loyauté envers le roi et de dévouement à la victoire dans les combats.

L'ordre de la Toison d'Or fut fondé par Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en 1430 et devint l'un des ordres les plus puissants et les plus riches d'Europe. Le roi Louis XI de France créa l'Ordre de Saint Michel afin de surveiller les activités de ses nobles les plus importants. Les Ordres de Calatrava, Santiago et Alcantara furent fondés afin de chasser les Maures d'Espagne. Ces derniers étaient réunis autour de Ferdinand d'Aragon, dont le mariage avec Isabelle de Castille fut à l'origine de la fondation d'un Royaume d'Espagne unique. Finalement, il devint maître des trois ordres bien que ceux-ci demeurèrent séparés.

L'Esprit Chevaleresque

En 1265, Raymond Lulle, un chevalier espagnol, écrivit que tout chevalier devait, même en cas de guerre, faire preuve de sentiments chevaleresques: il devait être honnête, bon envers les pauvres, loyal et courtois.

La Loi des armes prescrivait la façon d'agir lors des batailles. Il était interdit de maltraiter un prisonnier ou de laisser un chevalier ennemi mourir de ses blessures. Lors de la bataille de Poitiers (1356), Jean le Bon, roi de France, remit son attaque au lendemain pour éviter de se battre un dimanche. Les Anglais eurent alors le temps de se préparer et gagnèrent la bataille.

Au XIIe siècle, certains chevaliers devinrent jongleurs (ménestrels). Inspirés par leurs chansons d'amour, plusieurs chevaliers firent vœu de galanterie auprès des dames. Peu importe qu'elles soient mariées car au Moyen-Âge, le mariage était plus une question d'affaires que de sentiments. Le véritable amour consistait à désirer quelqu'un qu'on ne pouvait jamais épouser.

Cet amour courtois est un des aspects les plus étranges de la chevalerie. Les chevaliers accomplissaient de grands exploits juste pour le sourire d'une dame. Une noble dame nouait son foulard au bras de son chevalier qui faisait vœu de se battre pour elle lors d'un tournoi. Un chevalier participa à un tournoi vêtu de la robe de sa dame au lieu de son armure. Il fut gravement blessé. L'époux de la dame donna un banquet en l'honneur du chevalier et la dame porta la robe tachée de sang. Avant la bataille de Poitiers, des mots peu aimables furent échangés lorsque Messires John Chandos et Jean de Clermont découvrirent qu'ils affichaient tous deux l'emblème de la même femme.



Fin de la première partie
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Raimon-Roger TRENCAVEL
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MessageSujet: Re: Le chevalier   Dim 10 Fév - 20:41

.........................................Deuxième partie



L'Epée du Chevalier

L'épée, remise au chevalier lors de son adoubement, était le symbole de son rang, son bien le plus précieux, celui dont il ne se séparait jamais, même dans le tombeau. Les gisants des chevaliers les représentent tenant leurs épées comme des crucifix. Instrument de force et de mort, l'épée était aussi objet de piété... Lors des cérémonies d'adoubement, n'était-elle pas, en même temps que celui qui la porterait, solennellement bénie et baptisée, après avoir été offerte par des rois, des papes, des évêques, ou des pairs, compagnons d'armes ? Les armes, notamment, constituaient un patrimoine de prix et marquaient la condition d'homme libre. En ces débuts de l'âge féodal, la lance, l'épée et l'utilisation du cheval restent les symboles de l'appartenance à la catégorie sociale privilégiée de ceux qui font la guerre, les chevaliers.

Outre Excalibur, emblème de la légende arthurienne, il y a d'autres épées célèbres, notamment dans la Chanson de Roland et la Geste de Charlemagne.

Ainsi Joyeuse, l'épée de l'Empereur à la Barbe fleurie (qui était rasé, en vrai guerrier franc), dont l'éclat était tel qu'elle aveuglait ses ennemis, et dont le possesseur ne pouvait être empoisonné... Elle aurait contenu, dans son pommeau, un morceau de la sainte lance, celle qui avait percé le flanc du Christ agonisant sur la croix.

Ainsi Durandal, l'arme du fougueux Roland qui, lorsqu'il sentit la mort venir, voulut, afin qu'elle ne tombe pas aux mains des Sarrasins, la briser contre un rocher ; mais ce fut le rocher qui se fracassa. Dans les Pyrénées, on montre encore une trouée dans la montagne, au-dessus de Roncevaux : la Brèche de Roland ! Charlemagne l'avait offert à son neveu après des combats en Calabre, au cours desquels il lui avait sauvé la vie.

Ainsi Hauteclaire, l'épée d'Olivier, compagnon du précédent (et personnage imaginaire, sans réalité
historique), qui aurait appartenu à un empereur romain...

Les Tournois

Les combats simulés entre plusieurs chevaliers, appelés tournois, apparurent au Xème siècle. Le second concile de Latran, sous le pape Innocent II, et les rois d'Europe condamnèrent aussitôt ces joutes, déplorant les morts inutiles de chevaliers au cours de ces tournois qu'ils considéraient comme une activité frivole. Cela n'empêcha pas toutefois les tournois de se multiplier et de devenir partie intégrante de la vie des chevaliers.

Les tournois étaient au départ de simples concours entre chevaliers avant de devenir de véritables parades de luxe et d'élégance au cours de siècles. Ils devinrent des événements sociaux de première importance qui faisaient venir les patrons et les adversaires de régions les plus éloignées. Des listes spéciales (champs clos de tournois) étaient dressées ainsi que des tribunes pour les spectateurs et des pavillons pour les combattants. Les chevaliers pouvaient combattre individuellement ou en équipes. Ils s'affrontaient en duel en utilisant un large éventail d'armes et constituaient des mêlées simulées avec plusieurs chevaliers d'un côté. Les joutes, ou coups de lances, opposant deux chevaliers armés de lances devinrent l'événement primordial. Les chevaliers concourraient, comme les athlètes de notre époque, pour les prix, le prestige et l'attention de dames qui remplissaient les tribunes.

Le nombre de chevaliers tués lors de ces tournois avait atteint une telle importance au XIIIème siècle que la classe dirigeante, y compris le pape commença à s'alarmer. Soixante chevaliers périrent dans un tournoi qui eut lieu à Cologne en 1240. Le pape voulait garder un maximum de chevaliers disponibles pour combattre dans les Croisades en Terre Sainte, plutôt que de les perdre lors de ces tournois. Les armes furent émoussées et les règles des tournois modifiées afin de réduire les risques de blessures. Toutefois, il arrivait encore que des chevaliers soient grièvement blessés ou tués. Henry II de France fut mortellement blessé dans une joute lors d'un tournoi tenu en l'honneur du mariage de sa fille.

Les défis étaient souvent provoqués par des combats amicaux, mais la moindre animosité ou rancune entre deux combattants pouvait se terminer en lutte sans merci jusqu'à la mort. Les perdants des tournois étaient capturés et devaient payer une rançon en nature (chevaux, armes et armure) aux vainqueurs afin d'obtenir leur libération. Des hérauts suivaient les résultats des tournois, comme c'est le cas aujourd'hui avec les panneaux affichant les scores au base-ball. Les prix remportés permettaient aux chevaliers de bas rang d'amasser des sommes considérables et d'attirer les faveurs d'une future et riche épouse.

Les Ordres Militaires

A l'époque des Croisades, des ordres militaires de chevaliers furent créés pour soutenir les motivations chrétiennes de ce mouvement. Ces hommes étaient les plus féroces et les plus puissants des croisés et les ennemis haïs des Arabes. Ces ordres militaires subsistèrent après l'échec des Croisades en Palestine.

Le premier ordre militaire créé fut celui des Chevaliers du Temple ou les Templiers, fondé en 1108 afin de protéger le Saint Sépulcre à Jérusalem. Les Templiers portaient des manteaux blancs marqués de la croix rouge de l'Ordre. Ils prononçaient les même vœux que les moines Bénédictins : pauvreté, chasteté et obédience. Les Templiers étaient les plus fervents défenseurs de la Terre Sainte. Ils furent les derniers Croisés à quitter la Terre Sainte. Au cours des années qui suivirent, l'ordre des Templiers s'enrichit considérablement grâce aux diverses donations et aux intérêts qu'ils récupéraient sur des prêts d'argent, éveillant ainsi la convoitise et la méfiance des rois. En 1307, le roi Philippe IV de France les accusèrent de nombreux crimes, dont celui d'hérésie, les fit arrêter et confisqua leurs terres. D'autres chefs européens suivirent ce mouvement et les Templiers furent anéantis.

L'Ordre des Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem, appelés aussi les Hospitaliers, fut fondé initialement pour assister les pèlerins pauvres et malades qui se rendaient au Saint Sépulcre. Ils se convertirent pour une courte période en ordre militaire. Les Hospitaliers portaient un manteau rouge marqué d'une croix blanche et prononçaient les vœux de St Benoît. Les Hospitaliers établirent des règles très strictes visant à se protéger des dérives de la richesse et de l'indolence. Lorsqu'ils furent chassés de la Terre Sainte après avoir livré leur château aux ennemis, le Krak des chevaliers, ils se retirèrent dans l'île de Rhodes qu'ils défendirent plusieurs années durant. Chassés de Rodes par les Turcs, ils établirent résidence sur l'île de Malte.

Le troisième ordre militaire puissant était celui des Chevaliers Teutoniques, fondé en 1190 pour protéger les pèlerins germains au cours de leur voyage en Terre Sainte. Avant la fin des croisades, ils dirigèrent leurs efforts vers la conversion des païens de Prusse et des pays Baltes.

L'Héraldique

Afin de reconnaître les chevaliers dans un champ de bataille, un système d'emblèmes appelé l'héraldique fut développé. Des emblèmes spécifiques furent dessinés pour chaque famille noble. Ceux-ci étaient représentés sur le bouclier, le surcot (chemise de toile portée sur la cotte de mailles), les bannières et le sceau. Un surcot orné des emblèmes d'un chevalier devint connu sous le nom de cotte d'armes. Ce terme fut ensuite utilisé pour désigner le blason d'armoiries. Une organisation indépendante appelée Le Collège des Hérauts dessinait les armoiries et s'assurait que chacune était unique. Les armoiries étaient répertoriées par les hérauts dans des recueils particuliers qu'ils conservaient précieusement.

Les armoiries se transmettaient de génération en génération et étaient modifiées lors d'un mariage. Certains dessins étaient réservés à la royauté dans différents pays. Vers la fin du Moyen Âge, les villes, les guildes et même les personnages importants non issus de la noblesse possédaient des armoiries.

Sur le champ de bataille, les combattants portaient des cottes d'armes. Cela permettait de distinguer les ennemis des alliés et de choisir un adversaire de taille dans une mêlée. Les hérauts dressaient les listes des chevaliers qui devaient se battre à partir de leurs blasons d'armoiries. Ils ne prenaient pas position dans le combat et agissaient comme intermédiaires entre les deux armées. De cette façon, ils pouvaient transmettre des messages entre les défenseurs d'un château ou d'une ville et les assiégeants. Après une bataille, les hérauts identifiaient les morts à leurs armoiries.


Fin
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Oanell
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MessageSujet: Re: Le chevalier   Ven 15 Fév - 13:29

En parlant de chevaliers, j'ai retrouvé un film d'un combat (d'un spectacle) de cagnes sur mer en 2006 je crois..
Je l'apporterai lors de la prochaine réunion pour voir les combats au sol...
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Raimon-Roger TRENCAVEL
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MessageSujet: Re: Le chevalier   Lun 26 Oct - 8:36

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Une élite guerrière
Jean Flori

Docteur d’État, directeur de recherche au CNRS, Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (Poitiers)



D’abord simple corps de combattants à cheval, la chevalerie devient, au cours du Moyen Âge, un ordre de guerriers d’élite réservé à la noblesse.


La notion de chevalerie n’est pas simple à définir. Pas plus d’ailleurs que le mot chevalier. Ces deux termes se sont en effet chargés, au fil du temps, de connotations diverses (sociales, idéologiques, religieuses, culturelles même) qui ont fini par prévaloir, reléguant du même coup le concept initial au second plan. Il en est résulté un « imaginaire » qui, dans la pensée commune, a parfois totalement oblitéré la réalité fluctuante propre aux divers stades de son évolution. Ainsi, les réalisateurs de films dits « historiques » reproduisent le plus souvent les miniatures tardives des XIVe et XVe siècles. L’historien, lui, peut assez aisément éviter de commettre ce « péché d’anachronisme » lorsqu’il s’agit d’éléments purement matériels. Le risque est plus grand, en revanche, au niveau des comportements, aspirations et mentalités des chevaliers dans la société de leur temps. Ceux-ci ont évolué, lentement, sous des influences diverses. À la fin du Moyen Âge, au terme de cette évolution, la « Chevalerie » est devenue une institution, une idéologie, voire un mythe, et n’a plus guère de traits communs avec la notion originelle. Sa dimension militaire, fondamentale, n’a pas totalement disparu, mais a cédé le pas aux connotations sociales, honorifiques et nobiliaires, sous les influences parfois rivales des cultures ecclésiastiques et profanes.

Origines et fonction de la chevalerie

Les mots qui désignent les chevaliers soulignent leur fonction guerrière et leur condition sociale relativement humble : dans le latin de l’Empire romain, militia désigne l’armée et, par extension, une fonction de service public ; les milites accomplissent cette forme de service qui, au Moyen Âge, perd son caractère public et tend à se privatiser. Avant le XIIe siècle, on ne peut pas encore traduire milites par chevaliers, car le terme s’applique aussi bien aux cavaliers qu’aux fantassins. Dans les langues vernaculaires du XIIe siècle, il évoque le guerrier, sans connotation de rang social élevé. Le mot allemand Ritter, à l’origine du français reître, ne donne pas des premiers chevaliers une image bien reluisante, pas plus que l’ancien anglo-saxon cniht, qui désignait un serviteur, parfois armé, plus proche du garçon d’écurie que du noble. En provençal, en espagnol et en ancien français, c’est le cheval qui est pris comme référent sémantique : chevalier s’applique au guerrier capable de combattre à cheval. Le mot n’évoque d’abord aucune autre connotation, sinon celle du service armé, domestique, vassalique ou mercenaire.
Le niveau social des milites n’est donc en rien comparable à celui de la noblesse. Aux XIe et XIIe siècles, les chevaliers « ordinaires » sont, pour la plupart, issus des rangs de la paysannerie. Ils s’en distinguent seulement par leur profession : le métier des armes. S’ils ne peuvent plus l’exercer, ils cessent d’être milites et retournent à leur état de rustici. Un bon nombre des chevaliers de château (milites castri) sont des serviteurs armés du seigneur, formant son escorte ou sa garnison. Même en France, au XIIe siècle, on connaît encore des serfs qui deviennent chevaliers. L’exercice des armes les rend libres, mais d’une liberté viagère, conditionnelle, liée à leur profession.
Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, on ne saurait donc confondre chevalerie avec noblesse, liberté, exercice d’une fonction publique ou richesse. Ce n’est ni une classe sociale, ni un statut juridique, ni un état, ni un ordre. C’est, pourrait-on dire, la « corporation honorable des guerriers d’élite » dont les seigneurs et les princes détiennent le commandement ; les milites ordinaires constituent leurs « mains armées ».
Noblesse et chevalerie demeurent ainsi distinctes tout au long du Moyen Âge, même si le prestige militaire et social du chevalier, soutenu par la littérature, renforce ses traits aristocratiques. La chevalerie reste donc longtemps relativement ouverte. Elle tend toutefois à exclure les non-nobles par des exigences juridiques précises. Dès le milieu du XIIIe siècle, on ne peut plus guère y entrer que par naissance ou décision royale d’anoblissement. La « noble corporation des guerriers d’élite à cheval » se mue ainsi en « corporation élitiste des guerriers nobles ». Après 1300, cette dimension sociale et honorifique s’accentue alors même que son rôle militaire tend à diminuer sur le champ de bataille. Elle traduit un rang social élevé, un honneur suréminent, une décoration que tous les nobles n’atteignent pas. Certains historiens estiment que la chevalerie se réfugie dans un monde imaginaire, celui de l’idéologie, où elle joue les premiers rôles.
À la fin du Moyen Âge, le mot chevalier en vient à désigner un grade nobiliaire sans cesser de s’appliquer à l’exercice au moins théorique d’une fonction armée. Les aspects culturels et idéologiques l’ont emporté sur les aspects fonctionnels. Les ordres laïcs de chevalerie accentuent encore ces aspects honorifiques et y ajoutent des dimensions diplomatiques. La chevalerie, pendant ce temps, devient une institution, un modèle culturel se nourrissant de ses propres valeurs exaltées par la littérature qui, à son tour, influence les mentalités et contribue à la formation de l’idéologie chevaleresque, élément culturel majeur de la société médiévale.

L’entrée en chevalerie

Dans les annales et les chroniques antérieures au XIe siècle, les plus anciennes mentions de remise des armes, en particulier de l’épée, concernent des empereurs, des rois, puis des princes au moment où ils atteignent l’âge des responsabilités. Il ne s’agit pas ici d’adoubement, mais d’une sorte de cérémonie d’investiture ou d’intronisation liée au sens symbolique de l’épée, signe d’exercice des pouvoirs de justice, de police et de coercition armée. Les bénédictions sur l’épée prononcées dans ces cérémonies de couronnement seront par la suite (à partir du XIe siècle) réutilisées pour les guerriers partant en campagne, puis plus tard pour les adoubements, faisant ainsi glisser sur la chevalerie de nombreux traits de l’éthique royale.
On ne connaît pas de rituel d’adoubement de chevaliers « ordinaires » avant le milieu du XIIe siècle. Il se confond sans doute avec la simple remise des armes comme « outils de travail », marquant leur entrée, par recrutement seigneurial, dans l’exercice légitime de leur profession. Celle-ci implique pour eux les devoirs ordinaires des soldats : obéir à leur patron-seigneur et le servir par les armes. S’il s’agit, en revanche, d’un châtelain ou d’un grand seigneur, l’entrée dans la carrière s’insère dans un ensemble bien plus vaste de fonctions, de services et de rapports de pouvoir que nous traduisons généralement par le terme générique de « féodalité ». Tous impliquent l’action guerrière, mais ils la dépassent singulièrement.
En d’autres termes, par la remise des armes, le guerrier est admis à agir dans le cadre des fonctions qui lui incombent compte tenu de son rang. Il s’agit donc d’un acte déclaratif public d’ordre professionnel, et non d’une promotion sociale ou honorifique. Contrairement à ce que l’on a longtemps cru, la chevalerie, aux XIe et XIIe siècles, n’est pas une confrérie égalitaire dans laquelle on entre par un adoubement promotionnel qui serait une collation d’un titre ou d’un grade. C’est une corporation inégalitaire, avec ses patrons et maîtres (les princes et sires recruteurs) ; ses compagnons (les chevaliers de base) ; ses apprentis (les juvenes, bachelers, écuyers, valets, servant « pour armes » dans l’entourage des sires) ; ses saints patrons (Georges, Démétrius, Mercure, etc.) ; ses outils spécifiques, armes défensives (heaume, haubert, écu) et offensives (épée, lance) ; son rituel d’entrée (l’adoubement, à la fois rite initiatique et de passage faisant d’un jeune un adulte, et d’un civil un guerrier).
Cette corporation, on l’a dit, demeure ouverte jusqu’à la fin du XIe siècle. Mais avant cette date, contrairement à ce que l’on a longtemps répété après Marc Bloch, la chevalerie ne confère nullement la noblesse. Grâce à ses qualités physiques, à son courage et à ses aptitudes au combat, le nouveau chevalier de base entre cependant en contact avec la société aristocratique qu’il sert. S’il défend bien son seigneur, il peut espérer recevoir un bénéfice, une terre, voire une noble épouse (il ne deviendra pas noble pour autant, mais ses descendants le seront car la noblesse se transmet par la mère). Cet espoir d’ascension sociale, si largement présent dans la littérature du XIIe siècle, disparaît peu à peu lorsque la noblesse réserve la chevalerie à ses fils et la transforme en caste, exigeant, pour l’adoubement d’un jeune, la preuve que quatre de ses ancêtres au moins furent eux-mêmes nobles et chevaliers. Cette fermeture ouvre une crise profonde dans la société médiévale en durcissant les clivages et les exclusions.
Les meilleures descriptions d’adoubement chevaleresque nous sont fournies par les textes du XIIe siècle. La plupart des éléments connus par la suite y figurent déjà, et ces descriptions, destinées à plaire au public des cours seigneuriales, ont l’avantage de mettre l’accent sur ce qui lui importait le plus. Les aspects religieux révélés par la liturgie, que l’on pourrait croire essentiels, y figurent peu, voire pas du tout. Certes, les armes ont pu préalablement faire l’objet d’une bénédiction. On sait que l’épée, au moins dans certains cas, avait été auparavant déposée sur l’autel pour y être bénite ; les auteurs ecclésiastiques en déduisent que, ayant « pris leur épée de l’autel », les chevaliers devraient par-là même se sentir des devoirs envers l’Église ; il est très probable que cette perception demeure un vœu pieux. Ces aspects religieux et liturgiques n’ont guère retenu l’attention des épopées. L’adoubement y reste foncièrement laïc. Il reste aussi ouvert : les textes signalent des personnages qui ne sont manifestement pas nobles mais qui, par leur courage au combat et leur fidélité, sont « adoubés ». Dans ce cas, la cérémonie est des plus sobres : on leur remet seulement des armes. Elle prend par la suite des traits fastueux (et coûteux) lorsqu’elle devient purement nobiliaire.

Église et chevalerie

Au fil du temps, l’adoubement prend aussi une teinte sacramentelle. Avant le Xe siècle, l’Église ne s’intéresse guère aux milites, guerriers subalternes des châtelains. Elle en perçoit la menace à propos des conflits entre seigneuries voisines, dans lesquels elle est elle-même impliquée. Dans les assemblées de paix (Paix de Dieu), l’Église menace d’excommunication les guerriers qui se livrent au brigandage et surtout ceux qui lui portent atteinte. La remise des armes, en revanche, retient toute son attention, car il s’agit alors de personnages qui détiennent le pouvoir de la société seigneuriale, et dont elle a tout à attendre ou à craindre. Les rituels du sacre royal en témoignent ; ils sont lourdement chargés de déclarations éthiques demandant à Dieu qu’il aide le roi dans les divers aspects de sa mission : bonne justice, fidélité à la foi, protection des églises, défense de ses intérêts, assistance aux pauvres et aux faibles. L’empereur est d’abord le défenseur attitré. Mais l’éclatement politique et la multiplication des conflits qui accompagnent le déclin du pouvoir central et l’essor des principautés (vers l’an mil), obligent à trouver d’autres défenseurs. Au XIe siècle, l’Église de Rome recrute ainsi des « soldats de Saint-Pierre » (milites sancti Petri), guerriers mercenaires.
Les riches monastères ou les églises sont menacés par les Normands, Hongrois et Sarrasins (jusqu’au XIe siècle au moins), mais aussi par les seigneurs du voisinage contestant, à tort ou à raison, les donations faites par leurs ancêtres, ou désireux d’imposer les taxes, redevances et « coutumes ». Pour se défendre (le port des armes étant interdit aux clercs et aux moines), ces établissements doivent recruter. Certains rémunèrent directement des guerriers, les milites ecclesiæ ; d’autres, plus nombreux encore, confient à un seigneur laïc la charge lucrative de leur protection armée (advocati ou defensores ecclesiæ). C’est pour eux que l’Église, s’inspirant des bénédictions du sacre royal, compose des rituels d’investiture, longtemps considérés, à tort, comme des rituels d’adoubement. Leur fonction de défenseurs des églises permettait aisément de valoriser et même de sacraliser leur combat sous les bannières du saint patron. Très riches en bénédictions, ces rituels rappellent la dignité et les devoirs de la mission. À partir du XIIe siècle, certains de leurs éléments ont été réutilisés pour des adoubements de chevaliers ordinaires. La prédication de la croisade par Urbain II en 1095, peut être considérée comme une tentative de la papauté de prendre le commandement d’une nouvelle chevalerie, qui se mettrait désormais à son service dans le contexte de la lutte pour le dominium mundi initiée par la réforme grégorienne. L’échec de cette tentative conduit à la formation des ordres religieux militaires, à commencer par celui des Templiers en 1119, ces moines-croisés pour lesquels Bernard de Clairvaux rédige son Éloge de la nouvelle chevalerie.

L’évolution de l’adoubement

La tentative de l’Église d’infuser ses valeurs dans l’idéologie de la chevalerie se traduit par la cléricalisation de l’adoubement, à partir du premier tiers du XIIe siècle. De nombreux auteurs s’efforcent, dans des œuvres didactiques ou poétiques (par exemple L’Ordène de Chevalerie), de donner des divers aspects de cette cérémonie une interprétation allégorique spiritualisante. Tous les rites y prennent alors une signification religieuse, voire mystique. Le bain du chevalier est comparé au baptême ; sa ceinture blanche doit l’écarter de toute luxure ; ses éperons symbolisent le courage et l’ardeur qu’il lui faut avoir pour Dieu ; son épée, la droiture et la loyauté qui doivent le pousser à défendre la religion, le pauvre et le faible. Vers 1230, Lancelot du Lac utilise la même interprétation symbolique pour montrer que le chevalier doit être à la fois le seigneur du peuple et le serviteur de Dieu. L’aspect aristocratique de l’adoubement se renforce au cours du XIIIe siècle. La noblesse étant maintenant acquise par le seul droit de naissance, tous les nobles ne sont plus tenus, comme jadis, de se faire adouber. L’adoubement devient alors une « décoration » supplémentaire interdite aux roturiers. Seule la dispense royale, véritable lettre d’anoblissement, autorise un non-noble à être « fait chevalier ». La plupart des nobles et beaucoup de roturiers pratiquent pourtant le métier des armes et combattent en chevaliers sans en avoir le « titre ». L’adoubement glisse alors de plus en plus vers une signification honorifique et promotionnelle. Aux XIe et XIIe siècles, on adoubait souvent à la veille d’une bataille pour disposer de guerriers à cheval plus nombreux. Aux XIVe et XVe siècles, on le fait plus fréquemment après la bataille, récompensant ainsi par l’octroi d’un titre honorifique les nobles guerriers à cheval. On comprend que la cérémonie soit ici abrégée, réduite à son rite principal, transformant la colée en accolade.
L’aspect militaire de l’adoubement, cependant, ne disparaît pas. La corporation s’est seulement aristocratisée, muée en caste élitiste, non seulement sur le plan professionnel mais aussi social. La valeur morale et religieuse de la cérémonie ne s’est pas renforcée pour autant, et l’on peut même considérer la formation des ordres laïcs de chevalerie, à partir du XIVe siècle, comme une tentative de redonner un lustre moral que la chevalerie réelle avait perdu aux yeux de beaucoup.



Focus
La bataille d’Azincourt
(25 octobre 1415)

Elle est l’illustration funeste de la dérive d’une chevalerie française éloignée de ses fonctions première et n’en n’ayant conservé que les traits idéologiques caricaturaux. Malgré leur supériorité numérique, les Français furent sévèrement battus et massivement exterminés pour plusieurs raisons : une hypertrophie de l’avant-garde, due au fait que tous souhaitaient se réserver la gloire d’une victoire prévisible ; le choix de faire combattre à pied la quasi-totalité de la chevalerie, à l’exception des ailes ; des chevaliers trop lourdement armés du «blanc harnois», qui furent vite épuisés par une marche sur un sol détrempé. Par ailleurs, on peut incriminer l’opinion de ne pas préparer l’attaque par un tir nourri des arbalétriers, relégués au second plan. Enfin, il faut noter l’efficacité très supérieure des archers anglais polyvalents, qui tuèrent les chevaux de la cavalerie de secours, achevant ou capturant les chevaliers blessés.


La fonction militaire

L’armement et les méthodes de combat spécifiques de la chevalerie en font un corps de combattants d’élite, la « reine des batailles ». Il convient pourtant de relativiser son rôle réel dans la guerre médiévale. Sa prépondérance est probablement moins absolue dans les faits que dans les récits historiques ou littéraires. Plusieurs faits inclinent à cette conclusion. Les opérations militaires médiévales consistent moins en charges de cavalerie qu’en sièges ou assauts de forteresses. Les acteurs principaux sont les archers, arbalétriers, piétons, sapeurs et ingénieurs. L’artillerie, au XVe siècle, accroît encore l’importance de ces spécialistes. Jusqu’au XIIIe siècle au moins, les grandes batailles rangées, où règnent les chevaliers, sont rares : les princes répugnent à risquer toutes leurs forces dans de tels affrontements massifs. D’ailleurs, même dans ces « batailles champel », l’archerie prépare la charge, l’infanterie tient les lignes et parachève la victoire. C’est pour avoir négligé ou méprisé leur apport que la chevalerie française fut souvent mise à mal à la fin du Moyen Âge, par exemple à Crécy (1346) ou à Azincourt (1415). Tout au long du Moyen Âge, les chevaliers ont parfois mis pied à terre pour combattre parmi les fantassins. C’est le cas à Bourgthéroulde (1124), Lincoln (1141), Crécy (1346), Poitiers (1356), etc. Ils participent surtout à des opérations de razzia, à des chevauchées destinées à piller un territoire, à secourir une place assiégée ou à tenter une sortie. C’est là, surtout, que la rapidité et la puissance de leurs interventions sont irremplaçables. Il ne faut donc pas surestimer leur part dans la guerre, même si leur prestige était immense. Ainsi, certaines batailles furent perdues par leur faute, dans un excessif souci de prouesse, préférant l’exploit, personnel ou collectif, à l’efficacité d’ensemble des armées (Mansourah ou Crécy par exemple). Rares furent les cas où ils parvinrent à triompher seuls, sans l’appoint des piétons et des archers. Le conservatisme dans les méthodes de combat et la fidélité à l’idéal de prouesse leur fit retarder la nécessaire adaptation au monde moderne, marqué par l’apparition des armées de mercenaires, la prépondérance de l’infanterie et le rôle croissant de l’artillerie (au XVIe siècle). Mais il ne faut pas, à l’inverse, lui imputer tous les déboires des armées. Car si, tout au long du Moyen Âge, aucune bataille ne fut remportée par la chevalerie seule, aucune ne fut non plus remportée sans elle.
Le perfectionnement des armes défensives des chevaliers et le renforcement de leur caractère élitiste accentuent la dimension ludique de la guerre, et en réduisent les risques par l’adoption de règles déontologiques. Elles constituent les fondements des futures « lois de la guerre » qui s’élaborent entre le XIIe et le XVe siècle. Ainsi en est-il du traitement des vaincus. Dans les charges, malgré leurs armures, les chevaliers risquaient bel et bien leur vie, vulnérables à la lance du chevalier, à la dague et aux armes d’hast (armes munies de hampes) du piéton ou au carreau de l’arbalétrier. Après assaut ou réduction par la famine d’une place forte, ils pouvaient d’être passés au fil de l’épée pour avoir refusé la reddition honorable. Pourtant, peu à peu, le sort des vaincus s’améliore. Dès le XIIe siècle, on ne pratique plus guère l’extermination des populations vaincues ou leur réduction en esclavage, sauf aux marges de l’Occident chrétien. Au cours du siècle, l’usage s’impose de ne pas tuer les chevaliers vaincus. On préfère les mettre en prison et les libérer contre rançon. Cette pratique diminue le nombre des morts, améliore le sort des captifs qu’il faut maintenir en bon état, mais accroît les occasions de conflits : la guerre devient une activité rentable. Le montant de la rançon dépend, bien sûr, du rang social du captif. Elle peut atteindre des sommes colossales pour des rois ou des grands princes (100 000 marcs d’argent pour Richard Cœur de Lion en 1194), mais se réduit à quelques livres pour les petits chevaliers. Les effectifs de la chevalerie, surévalués par les chroniqueurs, donnent lieu à débats entre historiens. Aux XIe et XIIe siècles, on peut accepter une proportion d’un chevalier pour 7 à 12 piétons. La chevalerie constitue donc une élite très minoritaire dans les armées médiévales, ce qui n’entame nullement sa prééminence réelle et surtout admise. Les sergents à cheval, plus rarement les écuyers, combattent également montés. Tous les autres guerriers sont des fantassins. La hiérarchie est reflétée par le montant des soldes : vers 1200, un sergent à cheval touche deux fois plus qu’un piéton, un chevalier quatre fois plus. Même hiérarchie dans le partage du butin : jusqu’au XIVe siècle, la part du chevalier est le double de celle d’un sergent à cheval, le quadruple de celle d’un piéton. Les vainqueurs prennent possession de l’équipement du vaincu, auquel s’ajoutent la rançon et le pillage.

Les tournois

La pratique de la charge exige force et habileté individuelles, cohésion et discipline collectives. Tout cela ne peut s’acquérir que par un entraînement assidu. Ni les exercices physiques, ni les jeux d’escrime, ni la quintaine ne remplacent sur ce plan le tournoi, dont on connaît mal les origines. Sa faveur ne cesse de croître dès son apparition, dans la seconde moitié du XIe siècle, jusqu’à la fin du Moyen Âge. Il est particulièrement prisé des jeunes, turbulents et instables, cadets de famille ou pauvres chevaliers, en quête d’aventures, de bonnes fortunes ou simplement de subsistance. Les rois et les princes y prennent également part, à la tête de véritables équipes de tournoyeurs professionnels, dont les meilleurs (tel le fameux Guillaume le Maréchal, au XIIe siècle) peuvent parfois se hisser, par leur prouesse, à un rang social très élevé, généralement par le biais d’un riche mariage.
Les tournois présentent quatre traits principaux qui expliquent leur succès : un aspect utilitaire d’entraînement aux combats de la guerre ; une dimension ludique qui en fait un jeu mais aussi un sport de professionnels dont le but est de vaincre pour la gloire et le gain ; un enjeu socio-économique : les chevaliers sans fortune y cherchent l’occasion de capturer un adversaire pour en tirer rançon, s’emparer du même coup de son équipement fort coûteux, se faire remarquer et embaucher par les princes, ou même – qui sait ? – séduire une riche héritière ; un caractère festif, qui en fait un spectacle rassemblant des foules considérables. Ces quatre éléments cristallisent des valeurs exaltées par les romans courtois et arthuriens, dans lesquels les tournois occupent une place de choix. Occasion, pour les meilleurs, d’obtenir prix de vaillance, louanges, renommée, admiration et faveurs des dames. Les plus réputés peuvent dans une certaine mesure être comparés, à notre époque, aux vedettes de la chanson, du cinéma ou du sport !
Le tournoi-mêlée domine jusqu’à la fin du XIIe siècle. C’est une guerre véritable, mais codifiée, opposant deux camps parfois inégaux, constitués par affinité. Le terrain d’affrontement est un espace ouvert à proximité d’une ville : il comprend village, champs et bosquets propices aux embuscades. Les charges y sont massives et collectives comme à la guerre. Mais le but n’est pas de tuer, seulement de vaincre et de capturer l’adversaire. S’il y a parfois des morts et souvent des blessés, c’est toujours par accident. L’aspect collectif de l’engagement n’exclut pas la prouesse individuelle : les participants élisent le meilleur d’entre eux. Le tournoi constitue ainsi un creuset social, développant le compagnonnage et assurant la cohésion sociale, unissant princes et chevaliers dans une mentalité corporatiste et élitiste, dans un type de comportement empreint d’un réel complexe de supériorité.
La littérature courtoise s’empare de ce thème, glorifie l’exploit individuel, exalte l’amour « courtois » qu’il fait naître chez les dames, accroissant à son tour la valeur du chevalier. Le tournoi prend alors des aspects plus mondains. Pour les rendre moins meurtriers, on emploie parfois, au XIVe siècle, des lances dites « à plaisance », dont la pointe est remplacée par une couronne crantée. La joute individuelle, à l’intérieur des lices (aspect tardif), souvent au cœur des villes, devant tribunes, prend alors le pas sur le tournoi-mêlée. Au XVe siècle, des barrières séparent les combattants, et les cuirasses de joute, renforcées côté gauche, peuvent dépasser 50 kg. Le rôle des dames, dont les champions portent les couleurs, s’amplifie. Elles leur distribuent parfois le prix selon le verdict des hérauts d’armes, spécialistes de l’héraldique, devenus indispensables depuis que les chevaliers en armures ne peuvent plus être distingués que par leurs armoiries.
Le tournoi, à la fois sport, entraînement et fête, traduit mieux que la guerre la mentalité et les valeurs chevaleresques. Il permet d’affermir les règles, coutumes et mœurs transposées dans la guerre elle-même.

L’idéologie chevaleresque

Qu’est-ce que la chevalerie ? Ce concept, on l’a vu, a considérablement évolué au cours des temps. Dans son acception latine antique, militia désigne la force armée au service de l’État romain. Dès le début du Moyen Âge, l’affaiblissement de la notion d’État a conduit à la privatisation de la fonction publique et au renforcement du caractère aristocratique de la fonction militaire. Sous l’Empire carolingien, entre les mains des seigneurs qui la dirigent, la militia prend des connotations sociales qui la rapprochent de la vassalité, de la féodalité, de la noblesse, sans que l’on puisse toutefois la confondre avec aucune de ces notions. Dans le même temps, du ixe au XIe siècle, l’évolution économique et sociale de l’Europe conduit au renforcement de la prééminence du cavalier, qui devient alors le guerrier par excellence. La militia, dans son acception guerrière, se confond avec la cavalerie lourde. Ce caractère élitiste se renforce encore, au cours du XIe siècle, avec l’évolution technique de l’armement offensif et surtout défensif. Certes, il serait naïf de faire naître la chevalerie de la seule méthode de la lance couchée, qui se répand alors ! Les chevaliers ne combattent pas toujours à cheval ni seulement avec la lance. L’adoption de cette méthode par l’élite de la cavalerie est pourtant significative. Elle symbolise ce qui distingue désormais la chevalerie de tous les autres guerriers, fussent-ils à cheval. Elle s’accompagne de la formation progressive d’un comportement commun, ébauche d’un code déontologique fondé sur la notion d’honneur, qui va, dans une certaine mesure, humaniser les « lois de la guerre ». Dans le même temps, l’Église tente de lui donner une mission et une éthique. Ainsi s’ébauchent, du XIe au XIIIe siècle, les traits que nous considérons aujourd’hui comme majeurs et caractéristiques de la chevalerie. Il convient d’en apprécier la portée en examinant, dans la réalité plus que dans la fiction, le comportement des chevaliers durant les guerres. La littérature n’est toutefois pas à négliger. Elle exalte l’aventure, les vertus de prouesse, largesse et courtoisie, et contribue à forger le thème du parfait chevalier, supérieur au clerc, modèle culturel. Il ne sera supplanté, plusieurs siècles plus tard, que par celui d’« honnête homme ». C’est dire la puissance de l’idéologie chevaleresque qui se forge au XIIe siècle. La chevalerie devient alors un mode de vie, une éthique, un modèle social et moral, bientôt un mythe.



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